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Le costume des Musulmans à la cour de Castille

Vie pratiquePosted by Morrigane 15 Jan, 2010 16:36:25

Etude difficile que de déterminer les coutumes vestimentaires des Musulmans dans nos contrées durant le XIIIè siècle.

Peu d’écrits nous sont parvenus et les quelques perles rares ne permettent parfois que des interprétations difficiles.

Deux manuscrits, aux informations non négligeables et toujours consultables, peuvent retenir notre attention.
Les deux furent écrits sous le règne du roi Alphonse X de Castille. Le premier, « Cantigas de sante Maria » est un recueil de chansons et présente une large gamme de classes sociales musulmanes ; le second, « Libro del Ajedrez » qui retrace l’univers des jeux de société, nous informe plus particulièrement sur les Musulmans invités à la Cour du roi.

Manquant cruellement d’informations visuelles pour le « Cantigas de Sante Maria », c’est sur base du « Libro del Ajedrez » que l’étude sera faite. N’oublions pas qu’il ne s’agit ici que de l’aperçu des Musulmans à la cour de Castille et non d’une vision globale de l’Europe actuelle.

Le « Libro del Ajedrez » (Livre des échiquiers), connu également sous le nom de « Libro de los juegos » (Livre des jeux) est un manuscrit enluminé de 98 pages, dont 150 enluminures.
Commandé par le roi Alphonse X de Castille, sa réalisation s’effectua de 1251 à 1283.

Ici, ce ne sont pas les jeux qui nous intéresse mais bien le fait que le roi Alphonse X ait été influencé par la présence du monde musulman au sein de son pays, l’Espagne.
Ce qui nous permet d’admirer l’intégration de personnages musulmans dans ces enluminures.

•••••••••◊ HOMMES ◊•••••••••


VETEMENTS

« Mudéjares » est le nom donné à ces Musulmans qui sont restés en terre chrétienne.
Dans le « Libro del Ajedrez », nous pouvons obtenir un aperçu de cette population puisque hommes et femmes, riches et pauvres, citadins et guerriers figurent dans une vingtaine d’enluminures. Mais cette variété est, rappelons-le, moins importante que pour le « Cantigas ».


Les « Khassa », Musulmans de rang élevé, portaient principalement une robe flottante, aux manches larges, nommée « djubba ». Fabriquée à Cordoue, ces djubba étaient faites dans des étoffes somptueuses, aux coloris chatoyants. Vu l’engouement pour la soie à Murcie et Jaén à cette époque, tout laisse à croire que la robe des Khassa était en cette matière.
Pour ce qui est de la population plébéienne (« ‘amma »), la coupe de la robe était la même mais les étoffes employées étaient de laine ou de coton.


Lorsque le Musulman voyage, il porte le « burnus », manteau de laine avec capuche.
Mais à la cour d’Alphone X, ses sujets musulmans semblent préférer le port du « taylasan », ample pièce d’étoffe enroulée gracieusement sur une ou les deux épaules.
D’après les dires de l’historien Ibn Sa’id : « Les hauts dignitaires et les théologiens le posaient sur la tête ».

CHAUSSURES

Pour ce qui est des chaussures, les Mudéjares portaient des escarpins noirs au bout recourbé et leurs jambes étaient protégées par des bas-de-chausses (« djawrab ») de couleurs vives.
D’autres sources nous laissent croire qu’il existait également des « kurk », chaussures composées de sandale (« na’l ») et de grosses semelles (patin de bois avec courroie « kabkab »). Mais le « Libro del Ajederez » ne nous en montre pas.

On peut toutefois croire qu’aucun Musulmans ne se chaussait de blanc ou de dorés, pour cause, les Ordonnances de Séville interdisant, en 1252, le port de chaussures blanches et dorées à nos Mudéjares.

COUVRE-CHEF

Toujours d’après Ibn Sa’id, les Musulmans d’Espagne auraient mis de côté leur turban (« ‘imma ou ‘imanas») dans les provinces de l’Est (Murcie et Valence). Mais notre manuscrit prouve que dans l’Ouest d’al-Andalus, le port du turban était toujours monnaie courante. Plus qu’une habitude, ce couvre-chef était un signe distinctif et n’était alors porté que par les hommes de loi, les fonctionnaires et les savants.


Difficile d’affirmer, malgré tout, que tous les hommes représentés avec le turban dans les enluminures portaient un de ces titres. Il st possible que les artistes chrétiens réalisant l’ouvrage aient simplement voulu mettre en avant l’importance du statut social du personnage.

En y regardant de plus près, le turban peut être élaboré de diverses manières.
Soit il était confectionné à l’avance et se plaçait sur le crâne tel un chapeau, soit il était composé d’un bonnet pointu d’étoffe sombre d’où sortait l’étoffe blanche enroulant le crâne.

Mais il existe encore une troisième version du turban, identique à celui des nomades, l’étoffe blanches entourant le cou, les joues et masquant le bas du visage.
C’est d’ailleurs cette méthode que l’on peut voir sur la représentation du guerrier musulman.


•••••••••◊ FEMMES ◊•••••••••

VETEMENTS

Egalement présente dans le « Libro del Ajedrez », elles portent aussi la « djubba ». Probablement confectionnées dans la soie, elles aussi, à la vue des couleurs chatoyantes.
Mais à la différence des hommes, les cols et les manches de ces robes sont garnis de galons.

Caractéristique féminine, la tunique de gaze dite « kamis » était brodée d’or.

Inutile d’écrire un chapitre sur les chaussures féminines puisque elles étaient semblables à celles des hommes, escarpin noir au bout recourbé.

COUVRE-CHEF

Enturbannée avec le bas du visage voilé par du gaze (« khimar »), visage découvert et cheveux retenus par un foulard (« mandil ») à rayures, voile à fin liséré dont les pans noirs retombent sur les épaules,… voilà quelques exemples de coiffes que l’on peut trouver dans ce livre.

BIJOUX

Les femmes mudéjares se paraient souvent de colliers (« ‘iqd »), de boucles d’oreilles (« ‘shanf »), de bagues (« khatin ») et de bracelets (« dumludj »).

Des textes affirment leur emploi et leur composition, à savoir, or pur pour la noblesse et argent pour les classes plus modestes.


•••••••••◊ MOT DE LA FIN ◊•••••••••

Selon les Ordonnances de Séville édictées par Alphonso X en 1252, dont l’une fut décrite plus haut, plusieurs interdictions furent proclamées concernant le port de vêtements et couleurs des Musulmans.

On pouvait y lire les interdictions telles que la défense faite aux « Moros » vivant dans les agglomérations chrétiennes de se vêtir avec des étoffes de couleur blanche, rouge ou verte ; de porter des vêtements de cendal (sorte de soie) ou de fourrure ainsi que de porter des chaussures blanches ou dorées.

Pour les femmes, les interdictions concernaient les chemises brodées autour du cou par du fil d’or, d’argent ou de soie. Interdiction, également, en 1268, que ces femmes portent de l’hermine, des étoffes aux couleurs écarlates ou orange ainsi que le port de chaines en or.

Mais, en regardant le « Libro del Ajedrez », il semblerait que les Musulmans n’aient eu que faire de ces interdictions et continuaient, quoi qu’il arrive, à porter fièrement les costumes d’origine.

Source : « Le costume des Musulmans de Castille au XIIIè siècle d’après les miniatures du Libro del Ajedrez » Rachel André