L'histoire en 3 clics

L'histoire en 3 clics

Bienvenue

Voyagez à travers les époques et laissez-vous emporter par ces civilisations qui vous tendent la main.

Le chocolat chaud

Vie pratiquePosted by Morrigane 30 Sep, 2010 12:56:45
Il fait un froid de canard aujourd’hui dans le bureau !
Et cela faisait fort longtemps que je ne m’étais plus fait de tasse de chocolat chaud.
Devenue amatrice de thé depuis que je travaille ici, j’avais complètement mis de côté cette petite douceur.
J’ai donc eu comme une envie de vous faire partager un petit peu de son histoire.


Pour obtenir de quoi faire un bon chocolat chaud, il nous faut d’abord trouver les cabosses renfermant les fèves de cacao sur un cacaoyer. Et cet arbre est originaire du Mexique.
Il est donc tout naturel de se dire que seules les populations indigènes de l’Amérique centrale aient pu en bénéficier avant nous.
Difficile de dater exactement la consommation des fèves mais des preuves datant de 600 ans av. JC nous prouvent qu’on broyait les fèves dans le but de les consommer. Pour exemple un pot en terre cuite avec traces de poudre de cacao chez les Mayas de Colha, au nord de l’actuel Belize.

Les Mayas avaient pour habitude de consommer du « chocolat chaud ». Mais attention, les premiers chocolats chauds étaient composés de poudre de fèves torréfiées pillées mélangées à de l’eau, du piment et du roucou (qui donne une couleur rouge au breuvage).
Ce breuvage servi tiède, voire froid, était réservé à l’élite et on ne le buvait que lors de processions rituelles et religieuses.
Il fallait d’ailleurs battre le tout énergiquement pour que le mélange mousse un maximum.

Vase datant du VIIè ou VIIIè siècle, au Guatemala et représentant une partie du mythe de Popol Vuh. Ici, une scène liée au dieu Hun Hunahpu dont la tête aurait germé à partir d’une cabosse.

Plus tard, chez les Aztèques, on consomme le cacao de manière moins rituelle. On l’emploie de manière tellement quotidienne que les fèves s’exportent de plus en plus sur le continent.
Mais bien que ça se répande, la denrée reste précieuse. Les Aztèques, tout comme leurs ancêtres commerçaient les fèves en mains. Ces fèves étaient leur monnaie d’échange. C’est dire si le bien est précieux.

La recette évolue un peu elle aussi. On ajoutera à l’eau et au piment, de la farine de maïs ou encore du miel pour adoucir le tout.

Lors de l’arrivée des Espagnols, à la fin du XVè siècle, les indiens des Caraïbes leur firent goûter cette étrange boisson. Ils n’en raffolent pas tellement de ce breuvage froid et amer !
C’est lors de la conquête du Mexique un peu plus tard que le breuvage va remporter du succès.
Oui mais ce succès est un peu faussé car les coloniaux décident de modifier la recette de base pour l’adapter à leurs palets plus habitués à des goûts plus doux.
Ils décident d’enlever roucou et piment et les remplacent par la cannelle mais surtout, ils y ajoutent du sucre de canne et le consomment chaud.

Le breuvage part donc en voyage jusqu’en Espagne au début du XVIè siècle où il mettra peu de temps pour connaître l’appréciation des foules. Charles Quint en aura d’ailleurs le monopole du commerce.
On suivait les modes royales. Ainsi en Espagne on adopte immédiatement le chocolat chaud, tandis qu’en France, bien qu’introduit dès le règne de Louis XIII, il faudra plus de temps car Louis XIVè ne l’aime pas.
Le chocolat chaud devient plus qu’une mode à la cour du Roi Soleil lorsqu’il épouse Marie-Thérèse d’Autriche. Raffolant de cette boisson qui se boit à présent non plus avec de l’eau mais du lait, elle parvient, au grand dam de son époux à faire en sorte qu’on en déguste plusieurs fois par jour au salon !

Noble maya offrant de la pâte de cacao, XVIè siècle.

Reconnu comme ayant vertus luxuriantes et aphrodisiaques, le chocolat chaud devient très vite la boisson préférée de ces dames
et les mises en garde leur passent sous le nez.
La passion pour le chocolat en est telle que le mot « chocolat » fait son apparition au dictionnaire de Richelet en 1680.
Mais le roi commence à en avoir assez de voir les fortunes s’écouler pour l’achat de cette denrée. Ainsi on prétendra que sa consommation donne la fièvre avant que le roi n’ordonne, en 1693, l’arrêt d'achat de la fève.

Son successeur, Louis XV, ne résiste pas au goût du chocolat chaud et fait rouvrir le commerce du cacao. Étrangement, il le boit avec de l’eau et non du lait. Mais il ajoute des jaunes d’œufs battus pour le faire mousser.
Ainsi la haute bourgeoisie commence à le goûter mais l’achat de fève est toujours élevé.

La chocolatière de Schanfeler, Argent et bois, 1726-29, musée de l’orfèvrerie, château de Seneffe

Ce n'est qu'au XVIIIème siècle que la bourgeoisie le découvre à son tour. La fève est toujours chère et réservée aux plus riches.
Il faut attendre 1824 pour que l'industrie du chocolat se mette en marche et que tous puissent y goûter à moindre frais.


Source 1 - Source 2 - Source 3 - Source 4